À la manière de Pablo.
Article de M. Jean Laporte paru dans le Bulletin FECS Avril-Mai 1998
Il y a des enseignantes... et des enseignants, qui ont le don de faire des miracles avec des riens, de faire naître l'enthousiasme autour d'un projet, de dynamiser leur milieu, qui se retrouve, après coup, fier de sa hardiesse, étourdi et de sa réussite.
Viviane Caron est de cette trempe. Animée d'une foi qui peut déplacer des montagnes, et même convaincre les directions d'écoles..., elle vient de réaliser, avec les moyens du bord, un magnifique projet dans le cadre de la Semaine québécoise des arts. Le thème proposé, " Sortir du cadre ", lui a tout de suite suggéré Picasso.
Salut Picasso a mobilisé les énergies de tous les élèves et de tout le personnel de l'école Place de l'Éveil, de Ste-Anne-de-Beaupré, à 50 kilomètres à l'est de Québec. La professeure de maternelle, qui se définit comme une autodidacte, dans le domaine des arts, a décortiqué le style Picasso pour tous les groupes de l'école, de la maternelle à la 6 année, y compris les deux classes spéciales, les mercredis matins, pendant ses périodes de congés hebdomadaires.
Les élèves ont réalisé, en équipe de 2 à 6, leur croquis. Ils ont appris, compris et mis en pratique des concepts comme la déformation expressive, la multiplication des angles de vue d'un objet, la perspective volumétrique. Chacun des professeurs a pris de ses périodes pour l'application des couleurs. Les élèves se sont aussi fait expliquer le recours aux lignes de contour noires, les excès décoratifs, les attitudes recherchées, et la symbolique des couleurs chez le peintre. Les objectifs étaient plus complexes pour les élèves du deuxième cycle.
Pour donner du volume aux oeuvres, on les a présentées sur des supports en trois dimensions, des boîtes à pizza extra-grandes, peintes des deux côtés, fournies gratuitement par une pizzeria de Janier, qui ne veut surtout pas dire son nom, de peur d'avoir d'autres commandes de... boîtes vides ! On a imaginé des chevalets à partir de simples lattes, plantées dans des bidons de lave-glace recyclés, récupérés chez une station-service locale. Les élèves sont allés remplir les bidons de sable, à la carrière de la municipalité, et les ont décorés, à la Picasso.

L'expérience a culminé par une exposition, le 25 février, où toutes les classes ont défilé. Il fallait voir les regards fiers, admiratifs, incrédules, des enfants, mais aussi des professeurs, et de quelques parents venus visiter l'exposition pendant la journée, dans le gymnase de l'école, cherchant leur oeuvre, s'extasiant devant une autre. Plus de la moitié des parents a répondu en soirée à l'invitation du directeur d'école.
Le meilleur souvenir de Viviane, à part la participation de toute l'école à ce beau projet, c'est la question de Martin*, un élève en difficulté d'apprentissage, quand il est venu remettre son oeuvre.
" Comme ça Viviane, Picasso, lui aussi, il avait de la difficulté à l'école, (Picasso avait de la difficulté avec la lecture, la représentation graphique des lettres) est-ce que ça veut dire que je pourrais faire comme lui ? "
" Picasso travaillait beaucoup, tu sais, tous les jours. La clé du succès, c'est le travail. Mais rien n'est impossible ! "Et Martin repart, pensif, le pouce dans la bouche, la tête pleine de nouveaux projets. Ce court texte ne veut pas faire l'apologie du système D, auquel le manque de ressources contraint de plus en plus le personnel enseignant, mais témoigner de l'engagement et de la créativité du personnel des écoles publiques du Québec. Il faut aussi souhaiter que les conseils d'établissement, qui verront le jour l'automne prochain, et qui permettront une plus grande implication du personnel enseignant dans les décisions pédagogiques, sauront proposer et soutenir des initiatives aussi stimulantes.
*Nom fictif