L'ardoise dans tous ses états

Par Francine Péloquin

École Sacré-Coeur
Richmond
Commission Scolaire Morilac

Quelques images en rapport avec le projet...

Tout en tenant compte des programmes je souhaite, par ce texte, vous démontrer comment et pourquoi j'ai structuré certains de mes cours afin d'y incorporer une approche de l'art contemporain.

J'ai parcouru les programmes d'enseignement des arts plastiques et j'ai réalisé qu'il était tout à fait possible de parler de la post-modernité tout en respectant les objectifs de ces programmes.

D'ailleurs, le module art et société, qui est un espace du programme m'apparaissant injustement négligé, nous propose de questionner bien des sujets qui se retrouvent très souvent dans les problématiques soulevées par les post-modernistes, surtout les post-structuralistes, les artistes de l'Arte Povera, Fluxus, pour ne nommer que ceux-ci.

Les jeunes vivent au présent et en ont une conscience aiguë. Déjà par IMAX, par les vidéo clips, par la mode, par la morale, par l'éclatement des systèmes politiques, par la déstabilisation de l'économie, ils sont plongés dans le tourbillon post-moderne. La linéarité moderniste s'étiole et se dissipe pour faire place à cette nouvelle approche: la post-modernité. Celle-ci nous révèle un aspect de l'art que nous avions mis de coté: "  Cet espace à dimensions multiples anti-esthétique dans lequel une variété d'écritures, dont aucune n'est originelle, se mêlent et s'opposent. " Hal Foster.

Je suppose, comme point de départ à la mise en oeuvre de cette approche; qu'une meilleure connaissance de leur environnement immédiat, permettrait aux élèves de mes classes d'augmenter l'estime qu'ils ont de leur milieu et par conséquent d'eux-mêmes et ainsi d'apaiser ces sentiments de perte et de pauvreté culturelles qu'ils entretiennent par comparaison à une idéalisation de la vie dans les grands centres urbains.

J'ai donc construit une activité regroupant des notions de patrimoine, d'environnement, d'économie, d'histoire, de géographie et d'architecture, notions relevant du module art et société, en isolant et en actualisant un matériau spécifique à la région ou j'enseigne: l'ardoise. Je l'ai contextualisé dans sa réalité historique et par la suite dans un espace post- moderniste.

Par cette acrobatie sémantique, via la post-modernité, je m'efforce à créer chez l'élève des crochets cognitifs lui permettant d'assimiler des notions propres au programme de deuxième secondaire, et qui amenées didactiquement lui auraient apparu inutiles et par conséquent rébarbatives.

L'activité que je m'apprête à vous décrire a entre autres buts, celui de donner à l'élève la chance de participer à un véritable processus de création tout en le sensibilisant aux réalités qui l'entourent ou du moins à quelques unes.

Le respect de l'individu et de son environnement sont des notions importantes qui reviennent ponctuellement dans mon enseignement des arts plastiques. L'art contemporain, tout particulièrement le land art, pour cette activité, aborde ces avenues. Richard Long, par exemple, fait des excursions dans les paysages et fabrique des agencements éphémères de rochers. Ses oeuvres ont servi de déclencheur visuel pour une partie de l'activité: une réalisation de groupe en plein air.

Pour que cette activité, " l'ardoise dans tous ses états ", soit possible j'ai dû, dans un premier temps, rencontrer le conseil d'orientation de l'école pour recevoir leur assentiment. Par la suite, j'ai visité le centre d'interprétation de l'ardoise avec son directeur et, ensemble, nous avons élaboré une stratégie d'accueil adaptée à des élèves de deuxième secondaire. Je désirais que les élèves visitent le site de l'ancienne mine et y travaillent. J'ai donc contacté les propriétaires du site afin d'établir une entente.

Il fallait se rendre au centre et ensuite sur le site minier; une balade de 15 Km. J'ai sollicité les parents d'élèves pour assurer cet encadrement.

L'histoire est au programme de la deuxième secondaire. Nous avons profité, le professeur d'histoire et moi, de cette occasion pour sensibiliser, en classe et lors de la sortie, les élèves et aussi les amener à réaliser les liens qui existent entre nos disciplines.

J'ai présenté à mes élèves l'activité en leur faisant comprendre qu'ils seraient appelés à vivre des réalités propres à l'artiste, au créateur, c'est-à-dire:

  • sélectionner un matériau: l'ardoise (ils souhaitaient tous travailler avec l'ardoise);
  • étudier ses différentes utilisations à travers l'histoire;
  • prévoir la marche à suivre pour réaliser une grande sculpture, tous ensemble, avec ce matériau en tenant compte des contraintes spatiales, plastiques et temporelle (nous n'avions qu'une demi-journée pour la sortie au centre et à la mine);
  • procéder à une cueillette sélective de fragments pour l'élaboration d'un projet en classe où les notions de gravure et d'assemblage seraient mises en évidence par la réalisation de petites sculptures;
  • faire (en bibliothèque) une recherche et ainsi trouver un sujet propice à une réalisation en tenant compte des paramètres ci-haut mentionnés;
  • réaliser cette sculpture en classe avec les moyens disponibles (des clous, des marteaux, de la colle);
  • présenter, devant le groupe classe, cette sculpture en expliquant les procédures de réalisation et en exposant les raisons qui justifiaient le sujet de cette réalisation.

L'activité a commencé, en classe, par le visionnement d'un document " Les toitures d'ardoise un patrimoine à concerver " produit par le centre d'interprétation de l'ardoise. Ce visionnement a sensibilisé les élèves à l'histoire de leur région. Ils ont appris pourquoi il y avait tant de toitures d'ardoise autour d'eux, d'où venait cette ardoise, comment la mine s'était développée et pourquoi elle avait fermé. Ils ont été informés de l'aspect patrimonial de ces toitures et ont été initiés à la restauration et à la protection de celles-ci. Je leur ai par la suite présenté, grâce à des catalogues et des diapositives certains artistes et leurs travaux; Mario Mertz, Richard Long, ainsi que certains monuments, vestiges d'un passé mystérieux; Stonehenge, les Dolmens, les Menhirs.

Nous sommes, ensuite, allés au centre d'interprétation de l'ardoise à Kingsbury. Là, les élèves ont expérimenté l'outillage traditionnel des poseurs d'ardoise et les animateurs du centre leur ont donné une multitude d'informations sur le sujet.

La mine de New Rockland est située à quelques kilomètres du centre. Nous nous y sommes rendus et nous avons procédé au reste de l'activité hors les murs. Chaque élève est allé chercher un fragment de bonne dimension. Ensemble ils ont fait une ronde, en se concentrant sur la paix dans le monde et ils ont signé leur place avec le fragment. Ensuite ils ont complété la figure qu'ils avaient sélectionnée en classe; un signe géant de " Peace ".

Finalement, ils ont fait leur cueillette, tout en explorant le site. Le groupe de l'après-midi à fait les même expériences au centre. Ces élevés ont ensuite transformé la figure exécutée par le groupe du matin en remplissant le cercle de fragments. Ils symbolisaient ainsi, par cette accumulation d'ardoises, les peuples de la terre. Ils ont aussi fait leur cueillette et une exploration du site.

De retour en classe, chaque élève a fait un exercice de base consistant à graver sommairement un fragment et en le collant sur un autre morceau. Cet exercice leur permettait d'évaluer les possibilités du matériau.

Une période a été, ensuite, consacrée à la recherche en bibliothèque d'un thème pour la création d'une petite sculpture. Les élèves pouvaient travailler individuellement ou en équipe. Le sujet était libre mais devait être défendu par un texte de 200 mots.

Ils avaient trois périodes pour réaliser leur sculpture. Toute une période de 75 minutes a été allouée pour la présentation et le directeur a été invité à ces démonstrations.

Je croyais, et à la lumière de cette expérience, je croix encore plus qu'apprendre relève de la sublimation, que l'élève doit sentir et expérimenter avant d'assimiler quelques données que ce soit. Il me semble que ces élèves posent un regard neuf sur ces vieilles toitures parce qu'ils se sont approprié tout d'abord le matériau comme quelque chose d'unique, de possible et de disponible. Ils ont compris l'ardoise en la sculptant. Ils ont vu la mine, ils ont refait les gestes de ces ouvriers oubliés de l'histoire, ils ont refait l'histoire. Ils ont travaillé à apprendre et ils ont appris parce qu'en créant ils se sont créés.





Francine Péloquin

Quelques images en rapport avec le projet...


Groupe d'élèves
lors de la cueillette

Effeuillage de l'ardoise
au ciseau et au marteau

Organisation de la classe
lors de l'activité du faire

Dinosaure;
ardoise et colle blanche