Introduction

Vous verrez dans cette analyse de cas, plusieurs cartes et illustrations. Elles servent toutes à illustrer ce qui s'est produit durant cette période du mois de novembre. Ce cas a été choisi parce que chacune des cartes montre très clairement le phénomène qui s'est produit. De plus, toutes les cartes sont cohérentes: ce qui se retrouve sur la carte de pression au niveau de la mer se reflète très bien sur toutes les autres cartes. Il est, par conséquent, facile de voir les différentes relations entre la pression atmosphérique, les surfaces isobariques, la position et la forme du courant jet et la position des masses d'air.

Description générale de la situation

Le 9 novembre dernier, le Québec subissait une hausse des températures marquée. Dans certaines régions du sud, dont Sherbrooke et Montréal, le mercure a atteint 20 degrés Celcius le jour, ce qui est anormalement élevé pour le temps de l'année (les normales de saison pour un 9 novembre étaient de 6 degrés Celcius). De plus, ces régions subissaient des vents atteignant jusqu'à 90 km/m surtout dans la vallée du Richelieu. À cet endroit, les vents sont plus élevés car une vallée a pour effet de comprimer le vent donc d'en augmenter sa vitesse.

D'autre part, certaines régions du Québec (Montréal, sud de Montréal et les Laurentides) ont reçu 140 mm de pluie en 36 heures ce qui constitue un record. Ces précipitations ont causé des inondations en plusieurs endroits obligeant transport Québec à fermer plusieurs routes et voies d'accès.

Quelle était la situation dans l'atmosphère cette journée-là?

Tout d'abord, les températures élevées s'expliquent par le fait qu'une masse d'air chaud en provenance des États-Unis avait envahi le Québec. Cette masse d'air était attirée par la présence d'une intense dépression (pression de 988 mb au centre) sur la région de la Baie d'Hudson.


Pression au niveau de la mer le 8 novembre. Les lignes bleues concentriques au-déssus
de la Baie d'Hudson représentent l'intense dépression.
La pression au centre de la dépression est de seulement 988 mb.

Si on regardait cette dépression aux rayons x, on verrait qu'elle possède la structure suivante:

Sur ce dessin, on retrouve les deux principales parties d'une dépression. Dans la région chaude, l'air voyage du sud vers le nord. Dans la région froide, l'air froid voyage vers le sud. Le sens général des flèches démontre le sens anti-horaire de la rotation de la dépression.

Sur l'image satellite qui suit, la dépression est très bien visible. Les flèches montrent les déplacements d'air. Plus la dépression est intense (plus la pression au centre est basse) et plus les vents seront forts car l'air cherche à combler le centre de la dépression. Cette journée-là, les vents ont atteint 90 km/m par endroit. Comme les vents étaient forts, l'air chaud du sud a pu avancer loin au nord.

Sur la carte suivante, les lignes de couleur relient les points de température identique. Dans la partie droite de la carte, l'air chaud couvre tout l'est du Québec et la vallée du St-Laurent. Remarquez la ligne de gel (ligne blanche). Elle monte très loin au nord du Québec ce qui démontre que l'air chaud avait monté très loin au nord.

De plus, les vents dans la zone chaude sont du sud et très forts alors que, dans la partie froide, ils tournent au nord ou nord-ouest et sont plus calmes. C'est tout à fait caractéristique de ce genre de dépression.


Du côté des précipitations, ce qui s'est produit est relativement simple. Tout au fils des heures, la zone de précipitation était constamment alignée sur la même région. Si cette zone de précipitation s'était déplacé de manière régulière et plus rapidement vers l'est, les quantités d'eau déversée sur la région de Montréal auraient été moins importantes. La séquence vidéo (600k) mise à votre disposition donne une excellente idée de la façon dont la bande de nuages est demeurée axée sur la même région (c'est à partir de la deuxième moitié de la séquence que l'on voit la bande de nuages d'abord orientée nord-sud puis sud-est nord-ouest).

Analyse détaillée

Position de la dépression

Toujours en se référant à la séquence vidéo, on remarque la présence d'un "ruban" le long duquel les nuages voyagent très rapidement. C'est particulièrement vrai à la toute fin de la séquence à l'est des maritimes. C'est l'effet du jet-stream. Vers la fin de la séquence, on peut déduire le centre de rotation de la dépression en observant le tourbillon de la masse nuageuse situé légèrement à l'est des grands lacs.

Analyse du courant jet

Le courant jet avait une position fort intéressante comme le montre la prochaine carte. À l'est de ce grand "U" penché, les vents sont de direction sud. Dans la partie concave du "U", le vent reprend la direction nord. Ceci se reflète aussi dans la carte de pression présentant plus haut.

Cette position du courant jet est très caractéristique des périodes de redoux durant l'automne. Pendant les étés des indiens, le courant jet prend une forme similaire pour plusieurs jours.

De plus, la forme de la surface isobarique 500mb épouse presque parfaitement la position du courant jet. La prochaine carte montre bien cette similitude.

Analyse de la différence d'humidité et de température entre les deux masses d'air.

La carte suivante montre aussi l'humidité relative (zone verte). Cette zone prend la forme caractéristique des dépressions. L'humidité et les précipitations sont plus élevées à l'avant alors qu'elles sont plus faibles à l'arrière de la dépression.

Du côté des températures, celles-ci sont beaucoup plus basses (-6 à -8) dans la partie gauche de la carte que dans la partie droite. Lorsque le front froid a balayé le Québec, les températures ont chuté de 20 degrés Celcius, passant de 15 à -5. C'est tout un refroidissement!